mercredi 20 décembre 2017

'Call Me By Your Name' n'est pas un film d'amour (et c'est tant mieux)

Mes impressions sur la mise en scène et le 'message' du film. 


La nature est morte, dit ma mère à la sortie du cinéma. Ils ne s'en servent pas.

Nous sommes toutes les deux un peu déçues. On aimé la trame sonore et les mots de la fin, mais le cadrage manque de relief, comme c'est le cas avec de nombreux films européens. Certains diront que c'est un détail sans importance. Concentre-toi sur l'histoire. Reste que ce n'est pas souvent qu'on se trouve en Lombardie. On aurait aimé toucher au paysage.

On se sent loin des personnages aussi. Comme si nous étions à l'opéra ou au théâtre, dans la fosse de l'orchestre. Un vestige de la Commedia dell'arte je suppose. Les prises de vue de la tête au pied, en « plan italien » comme on l'appelle.  Apportes tes jumelles.

Ah! Les américaines! Au fond, le dépaysement était peut-être le nôtre...

Au moins, blague ma mère, on pouvait sentir les cigales, la chaleur qui écrase. Fait intéressant, en italien, sentire s'utilise pour toucher, goûter, sentir, entendre. Comme si le moindre bruissement éveille tous les sens, nous traverse de part en part. Call Me By Your Name joue sur cette euphorie de sentiments que procure les premières fois de l'adolescence.

« We rip out so much of ourselves to be cured of things faster than we should that we go bankrupt by the age of thirty, and have less to offer each time we start with someone new. But to make yourself feel nothing so as not to feel anything — what a waste! »

J'ai apprécié comment la peine d'amour était dépeinte. Elle était, à mon avis, plus palpable que la romance qui occupe la plus grande partie de l'histoire. S'il y a de l'amour entre Elio et l'assistant de son père, c'est un feu qui les consume et les ravage. Il était destiné à mourir dès le départ. Le noyau de l'histoire n'est pas là. Ce n'est pas dans la braise qu'on le trouve, mais la cendre.

Ce n'est qu'une petite chaleur Call Me By Your Name. Une petite chaleur qui écrase. 


Call me by your name. Réalisé par Luca Guadagnino. 2017.
Albrecht Dürer. Adam et Eve (détail). 1507. Museo del Prado, Madride.
Cet article a été publié à l'origine sur un domaine désormais échu et a été republié à des fins d'archivage.

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