samedi 17 février 2018

Le Paradoxe de L'Ermite

Pourquoi est-ce que tu fuis le corps de l'autre rien que pour n'écrire sur lui ?


« Tu fais quoi ce weekend ? »

Ah, cette question. Je vis bien avec ma solitude, mais ton mépris me tue chaque fois que je te dis, rien, je ne fais rien. Si je te disais la vérité (que j'écris), tu me regarderais comme si je t'avais dit que j'entendais des voix. Et ce serait vrai. Tant que le manuscrit n'est pas écrit, j'entends des voix. Ce sont de belles voix gentilles et parfois cruelles, comme toi.

Des fois je remplace le je par un on rien que pour éviter ta charité. On va prendre une marche dans la brume. On va cuisiner une tarte aux bleuets. On va écrire à la bibliothèque. Ah oui, toi et qui, tu me demandes, le regard espiègle. Tu sais très bien que mon partenaire de danse sont mes propres bras.

Toi aussi, tu n'est qu'une voix dans ma tête. Tu es le gobelin sur mon épaule, celui qui me dit, pourquoi est-ce que tu fuis le corps de l'autre rien que pour n'écrire sur lui? 



Carmen Galofré. Still life with books, ink and brushes. b. 1959. [Collection numérique.]
Cet article a été publié à l'origine sur un domaine désormais échu et a été republié à des fins d'archivage.

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