samedi 23 février 2019

L’Épouvante intertextualité cachée dans les portraits d'Enfants Endormis en Campagne

Juxtaposition du serein et le glauque. 


Tout a commencé quand j'ai découvert ce tableau de John Roddamm, Robins of Modern Times qui m'a fait penser à celui d'Andrea Andrea Kowch, The Merry Wanderers.




Clairement, le tableau de Kowch est librement inspiré de Roddam. Mais à la différence de celui-ci, l'interprétation de Kowch est beaucoup plus angoissante que l'originale. D'abord, le paysage est un marécage plutôt que des collines pour des animaux de pâturage. Le ciel est gris et pommes et fleurs sont remplacées par des toiles d'araignées et des champignons. La fillette nous regarde directement dans les yeux, nous indiquant qu'elle n'est pas seule. Enfin, le titre, Merry Wanderers [vagabonds gais] tend à croire que les «Robins of Modern Times » dont il fait question ici n'est pas le merle [robin], mais Robin Bonenfent, sorte de lutin malin dans la pièce de Shakespeare, Songe d'une nuit d'été.

Dans cet extrait modernisé de la pièce, le voici qui se vante de terroriser les animaux de ferme et les paysanes. « Playful wanderer » remplace l'expression originale, « merry wanderer»:

« That’s me you’re talking about, the playful wanderer of the night. I tell jokes to Oberon and make him smile. I’ll trick a fat, well-fed horse into thinking that I’m a young female horse. Sometimes I hide at the bottom of an old woman’s drink disguised as an apple. When she takes a sip, I bob up against her lips and make her spill the drink all over her withered old neck. Sometimes a wise old woman with a sad story to tell tries to sit down on me, thinking I’m a three-legged stool. But I slip from underneath her and she falls down, crying, “Ow, my butt!” and starts coughing, and then everyone laughs and has fun.»

Mais le regard de la fillette d'Andrea Kowch devient encore plus troublant lorsqu'on connaît la signification de l'oeuvre originale.

Selon l'historienne en histoire de l'art Kirsty Stonell Walker, Robins of Modern Times est le prélude à autre peinture de Roddam, Thoughts on the Past. Ce tableau représente une prostituée à Londres: on le devine par la commode de bijoux, ses cheveux trop rouges pour être naturels et la vue donnant sur le pont Waterloo et la rue Strand, connu à l'époque pour être le lieu de rendez-vous des prostituées.

Quelques indices nous permettent de voir que les tableaux sont reliés. La plus évidente est le collier de billes rouges sur la commode dans Thoughts qui se trouve autour du cou de la fillette dans Robins. D'autres sont plus insidieux, comme la jupe retroussée, les pommes, symboles bibliques de la tentation, et le rouge dans les joues de la fillette et ses chaussettes. Selon Kirsty, il était courant de penser à l'époque que les prostituées de Londres étaient des filles «tombées » de la campagne. Il est donc très possible que Roddam s'est inspiré de cette légende urbaine pour raconter, en deux parties, la chute d'une paysanne.

Encore plus révélateur sont les merles qui portent des feuilles dans leur bec et le titre de l'oeuvre, Robins of Modern Times. De quels merles le tableau se veut une interprétation moderne? Kirsty déterre Babe's in the Woods, un conte anglais, basé sur des faits réels, dans lequel deux jeunes filles sont trouvées mortes dans les bois, couvertes de feuilles par des merles... ou leurs agresseurs, si on peut lire entre les lignes.


« Difficile de ne pas imaginer dès lors que tous les tableaux d'enfants endormis en campagne ne sont pas ce qu'ils semblent.»


Difficile de ne pas imaginer dès lors que tous les tableaux d'enfants endormis en campagne qui ne sont pas ce qu'ils semblent. On y trouve en fait une foule d'artistes qui jouent sur cet juxtaposition de la sérénité habituellement associée au pastoral avec le glauque, reprenant parfois des éléments de Roddam dans leur imagerie: le rouge, les fleurs, les merles. Les chaussettes tirées haut.


Je termine avec un gamin en uniforme, attaqué par un ours, ainsi que deux fillettes endormies dans le manteau de leur père. L'une dans la forêt, l'autre sur une tombe. Il y aurait quelque chose ajouter aussi à propos de la signification des fleurs brodées dans les deux dernières images, l'une militaire, l'autre sauvage, je pense.



John Roddam Spencer Stanhope. Robins of Modern Times. 1857. Collection privée.
Andrea Kowch. The Merry Wanderers. c. 2013. Collection privée.
John Roddam Spencer Stanhope. Thoughts on the Past. 1859. Musée Tate, Londres.
Elizabeth Forbes. Imogen. 1898. The Box, Plymouth.
Auteur inconnu [Tumblr]
Albert Ankler. Dans les bois. 1865. Palais des Beaux-Arts de Lille.
Todd Baxter.  « Bear-mauled boy ». Owl Scouts: Lost in the Woods. 2010. [Collection numérique]
Arthur Hughes. L'enfant du Bûcheron. 1860. Musée Tate, Londres.
John Everett Millais. L'Enfant du Régiment. 1854-55. Yale Center for British Art, Connecticut.

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